6000 ans d'exploitation du plomb et de l'argent en Europe retracés grâce aux tourbières

Une étude scientifique reconstitue l'histoire de la métallurgie européenne et méditerranéenne à partir d'archives environnementales.

Image générique de fragments de minerai de plomb et de pièces d'argent anciens dispersés sur une surface texturée sombre, avec de subtiles particules de poussière atmosphérique en arrière-plan.
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Image générique de fragments de minerai de plomb et de pièces d'argent anciens dispersés sur une surface texturée sombre, avec de subtiles particules de poussière atmosphérique en arrière-plan.

Une étude scientifique, à laquelle a participé Janne Blichert-Toft, reconstitue près de six millénaires d’histoire de l’exploitation du plomb et de l’argent en Europe et en Méditerranée, en s’appuyant sur des archives environnementales.

Cette recherche met en évidence une réorganisation de la production et de la circulation des métaux, avec des foyers initiaux en Méditerranée orientale, puis un déplacement du centre de gravité vers l’Europe occidentale et centrale durant la transition entre l’âge du Bronze et l’âge du Fer. Les résultats ont été publiés dans Science Advances.
La quête des métaux a joué un rôle majeur dans l’histoire des sociétés. La galène, un sulfure de plomb souvent argentifère, a servi à produire monnaies, objets et infrastructures. Son extraction a libéré du plomb dans l’atmosphère, conservé dans des archives naturelles comme les tourbières. Ces archives ont permis de reconstituer l’évolution des retombées atmosphériques de plomb, mais identifier les régions minières d’origine restait difficile.
Pour surmonter ces difficultés, une nouvelle méthode, l'EMII (« Environmental Match Intensity Index »), a été développée. Elle analyse les signatures isotopiques du plomb dans les archives environnementales et les compare à une base de données de minerais. L'étude intègre des données d'une carotte de tourbière du massif du Pilat, couvrant six millénaires.
Les résultats montrent une transformation de l’organisation métallurgique. Au Néolithique et Chalcolithique, les premières activités se concentrent autour de la région minière du Laurion en Grèce. Pendant l’âge du Bronze, le système s’étend à la Méditerranée orientale par les échanges maritimes. La transition vers l’âge du Fer marque un changement majeur avec un déplacement du centre de gravité vers l’ouest, impliquant l’Europe occidentale et centrale (Massif central, massifs rhénans et germaniques, zones minières britanniques) reliées par des réseaux multimodaux.
Ce résultat remet en question le modèle traditionnel plaçant la péninsule Ibérique au centre de l’approvisionnement en plomb et argent à partir de l’âge du Fer. L’EMII met en évidence le rôle sous-estimé de régions minières continentales et britanniques. Le niveau le plus élevé de l’EMII est atteint pendant le Haut-Empire romain, reprenant et intensifiant l’organisation déjà en place à l’âge du Fer.
À la période contemporaine, la baisse de l’EMII traduit une modification des origines de la pollution au plomb, désormais issue de sources industrielles mondialisées. Cette recherche montre que les tourbières éclairent l’histoire des économies anciennes et des réseaux d’échange, passant d’un système métallurgique oriental maritime à une organisation occidentale polycentrique et multimodale.
Information rédigée à partir de la source officielle : Observatoire de Lyon (16/10/2026)